Super Mario World 2: Yoshi's Island
L'année 1995 est un tournant important dans l'histoire du jeu vidéo: les multiples tentatives de Sega pour rattraper l'hégémonie de Nintendo échouent, et Sony se jette dans le bain en lançant sa PlayStation. Pendant ce temps, chez Nintendo, la SNES connaît quelques signes de faiblesses: la production baisse, et à l'ECTS de Londres ( grand salon semestriel du jeu vidéo en Europe), la firme annonce qu'elle cessera toute production sur la Game Boy ainsi que sur sa 16-bits vedette, pour mieux préparer le lancement de sa console futuriste, l'Ultra 64, la Virtual Boy ayant essuyé un fiasco terrible. Le dernier Mario de la console est plus qu'un jeu... c'est LE jeu Mario que je considère comme étant le meilleur.
UN SCÉNARIO INÉDIT!
L'histoire, pour commencer, est
complètement contradictoire avec ce que l'on a l'habitude de
voir. Elle se situe il y a plusieurs années, alors que les deux
frères Mario venaient de naître. L'introduction, qui montre
déjà les capacités graphiques parfaites de la cartouche, nous
montre une sympathique cigogne survolant le Royaume des
Champignons encore plongé dans la pénombre. Elle porte deux
baluchons, qui contiennent évidemment les deux frangins, à
l'état de nouveaux-nés... pour les livrer à leurs parents,
comme dans les plus belles légendes.
Soudain, une ombre terrifiante surgit et heurte la cigogne de
plein fouet. Elle emporte avec elle bébé Luigi et ses sbires
capturent ensuite la pauvre cigogne, qui a perdu le contrôle de
la situation et a lâché l'autre bébé dans le vide!
Mais Baby Mario ne s'est pas ramassé la figure n'importe où: au
lieu de s'écraser dans la mer, il a aterri dans une île
paradisiaque peuplée de charmants animaux... les Yoshi, que l'on
connaît bien. Et il est tombé sur le dos
d'un Yoshi! Même pas affolé, celui-ci constate
qu'un plan est tombé à ses côtés. Les Yoshi comprennent
évidemment ces animaux sont doués d'une intelligence
incroyable que le frère de Mario est en danger et qu'il
faudrait voler à son secours...
Pendant ce temps, l'ombre maléfique est arrivée à son Q.G., un
château immense dans un monde ténébreux. Cette ombre n'est
rien d'autre que Kamek, la tortue magicienne. À l'époque,
Bowser était lui aussi un enfant, et Kamek, dans sa boule de
cristal, avait prédit qu'un couple de nouveaux-nés nuirait dans
des temps futurs à la famille Koopa... Bowser était déjà le
roi, mais Kamek jouait en fait le rôle de régent et gouvernait
à sa place. Bon, mais Mario, c'est pas de la politique, donc on
s'en fout. Kamek réalise soudain qu'il a oublié un des jumeaux
et ordonne à ses sbires de le retrouver...
De leur côté, les Yoshis, au nombre de huit ( huit Yoshis de
huit couleurs différentes) mettent sur pied un plan. Ils
utiliseront un
système de relais pour transporter Baby
Mario jusqu'à son frère, pour mener à bien sa quête et lui
éviter tous les dangers que comporte l'Île de Yoshi... car,
comme vous pourrez le constater au travers de ce test, le jeu est
d'une richesse à faire pâlir Zelda 3 ( je le prends toujours
comme référence car c'est le meilleur jeu Nintendo en excluant
les Mario). Vous dirigez les Yoshis dans ce jeu, ce qui change un
peu. Votre but est donc de retrouver Luigi sans que Mario ne soit
capturé ben! z'avaient qu'à le laisser dans un coin
paisible, surveillé et à chercher Luigi seuls! ... car un
sort funeste attend les deux futurs plombiers s'ils venaient à
être tous deux enlevés. Kamek a effectivement prévu d'en faire
des Koopasiens pour éviter le drame annoncé ( beurk)... De
votre dextérité au paddle et de votre aptitude à résoudre les
énigmes dépend l'avenir de Mario et de Luigi... pourvu que vous
arriviez à temps!
" JUST PLAY IT!"
Mais à présent,
parlons du jeu. Le meilleur de tous les Mario selon mon
humble expérience, dois-je le rappeler? est tout
simplement d'une difficulté extrême. Si vous mettez un mois à
récupérer les 120 étoiles de Super Mario 64, terminer
Yoshi's Island à 100% prend facilement trois voire quatre mois!
Côté durée de vie, c'est le seul jeu d'aventure de la série
qui soit aussi long qu'un Zelda ou un Illusion of Time.
Le jeu propose en effet une multitude de challenges à relever.
Outre la longue quête qui vous conduira au palais final, de
nombreux autres défis seront à relever. Si le nombre de niveaux
a été considérablement réduit par
rapport à Super Mario World,
c'est parce que ces derniers sont beaucoup plus longs. Tiens, au
fait, ce jeu n'est pas tout à fait une suite de SMW, en dépit
du titre. Il porte juste ce nom car Super Mario Bros. avait
connu plusieurs épisodes sur NES et Super Mario Land,
trois sur Game Boy... pourquoi SMW n'aurait-il pas eu une suite?
Bon, revenons-en aux niveaux: ils sont au nombre de 55
seulement. Il y a le prologue, désormais obligatoire, suivi de
six mondes de huit niveaux chacun plus un extra après le boss.
Un peu comme dans Zelda oups, ça fait déjà trois fois
que j'en parle! , lors de l'arrivée au dernier monde, on
bascule du monde classique ( l'Île de Yoshi) au monde des
Ténèbres. Le quatrième niveau de chaque monde est une
forteresse où vous affronterez un mini-boss. Le huitième est un
château complexe où se trouve le boss final. Dès qu'un monde
est achevé, on suit la progression de Yoshi sur la carte en 3-D
qui fait office d'écran Titre. C'est-y-pas beau ça, ma bonne
dame?
J'évoquais tout à l'heure de nombreux
challenges à relever. Le principal d'entre eux reste la
conquête du jeu à 100%. En effet, chacun des 54 stages ( dehors
le prologue!) doit être achevé à 100% pour pouvoir affirmer
que l'on a complété le jeu... si vous terminez les huit stages
d'un monde à 100%, vous aurez accès au niveau Extra, en
général très dur. La méthode est assez simple: 5 fleurs ( 10%
chacune), 20 pièces rouges ( 1% chacune) sont cachées dans
chaque niveau: il faut toutes les ramener. Vous disposez
également d'un compteur d'étoiles, dont le maximum est de 30 (
1% chacune). Ramenez-les toutes ainsi que les autres bonus, et le
stage sera complet! Fastoche non? Surtout que l'on démarre
chaque niveau avec 10 étoiles...
C'est là que le jeu se complique. N'oubliez jamais que Baby
Mario est sur votre dos. Si Yoshi est presque invincible
il ne meurt
qu'en tombant dans la lave, un précipice
ou sur des pics , il perd Baby Mario dès qu'il est touché
( ça y est, ça déraille). Celui-ci s'envole alors dans une
bulle en poussant un cri aussi exaspérant que bruyant ( mais
écoutez donc cette horreur!!!). Tout ceci pour vous prévenir qu'il
est en danger et qu'il faut vite aller le chercher ( en dardant
la langue par exemple). En effet, votre nombre d'étoiles actuel
correspond au nombre de secondes dont vous disposez pour
récupérer Baby Mario. Si le compteur atteint le chiffre nul
fatidique, les sbires de Kamek s'emparent de Mario... et ça fait
une vie en moins. Donc, si les fleurs et les pièces rouges sont
définitivement acquises, il n'en est rien pour ces fichues
étoiles... heureusement, quand le compteur se retrouve
en-dessous de 10, il remonte
progressivement et se bloque à 10, en
attendant que vous récupériez d'autres étoiles. Ce principe
peut paraître complexe au début mais rassurez-vous, on s'y fait
vite. Les niveaux durent environ 7 à 8 minutes en moyenne si
vous prenez le soin de tout prendre. En plus, certains d'entre
eux proposent des haltes Bonus Game. On n'est pas sortis de
l'auberge! Côté statistiques, sachez qu'un joueur qui ne
connaît pas un niveau s'en sort avec une moyenne de 62%, tandis
qu'un joueur qui connaît parfaitement ce niveau récupère 95%
des bonus. Mais bon, y'a toujours des gens qui faussent les
stats!
D'INNOMBRABLES ATOUTS
SMW2 possède aussi
une autre nouveauté: l'utilisation des ufs. Yoshi avale un
ennemi et pond un uf ( bien qu'il soit un mâle,
mais nous autres humains ne saisissons pas
toutes les subtilités de la gent dinosaurienne). Yoshi peut
traîner derrière lui six ufs au maximum. Le vert, de
base, n'a aucune spécificité: à l'instar des autres, c'est
juste une arme pour exploser les nuages " ? "
qui ont remplacé les traditionnels blocs
des Mario " plate-formiques" ou
récupérer des fleurs et de pièces rouges autrement
inaccessibles. Le jaune, lorsqu'il frappe un ennemi, permet de
récupérer une pièce jaune: comme d'hab', 100 pièces jaunes
donnent une vie supplémentaire. Le rouge, lui, au contact d'un
ennemi, attribue deux étoiles ( ah, ça se précise). Le
clignotant, très rare ( il n'y en a que 5 dans tout le jeu!!!),
lorsqu'il touche un adversaire, rapporte une pièce rouge ( on y
est!). Ces ufs peuvent être contenus dans des blocs ou
être obtenus ( pour les jaunes et les rouges seulement) après
des rebonds sur les murs.
Enfin, si les attributs habituels qui ont contribué au succès
de la série sont présents ( tuyaux, passages secrets, sauts sur
la
tête...), de nouvelles transformations
apportent encore un peu plus à cette cartouche à laquelle il ne
manque décidément rien. Yoshi peut se transformer
temporairement en hélicoptère, en voiture, en train, en char ou
en sous-marin. C'est pendant ces séquences que les bonus
foisonnent. Les mondes sont évidemment très variés: campagne,
grottes, jungle, forêt, montagne, lave, neige... mention
spéciale aux rares passages sous-marins ( Yoshi flottant à la
surface), qui sont sublimes. Dommage que les sous-marins soient
rares et que leur durée soit limitée.
Le graphisme, il faut quand même en parler un peu, est
particulièrement soigné et donne dans les tons pastel. Grâce
à l'utilisation du Super FX 2, on assiste à des
déformations de l'écran. Ainsi, en avalant une boule de coton,
Yoshi émet un pet hé oui qui débouche sur une
distorsion excellente techniquement. Côté sonore, le jeu est un
régal de perfection ( mais si, mais si! disait Jésus).
Enfin, l'inexistence complète de bugs ou d'éventuelle lenteur
à cause des graphismes très chargés favorise le gameplay, une
fois de plus exceptionnel.
Véritable bombe dans tous les domaines, SMW2 est tout simplement LA cartouche SNES à posséder, à peine ridicule aujourd'hui, qui doit même faire l'objet d'un Super Mario Advance 4 sur GameBoy Advance... hélas, sa sortie tardive, quelques mois avant la fin de la console, en fait un jeu peu produit, très difficile à se procurer ( j'ai attendu septembre 2000 avant d'en trouver un!)... mais les trésors sont toujours très rares.